Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /Déc /2009 18:26



Lorsque tu les vois arriver tous les deux, le premier réflexe est de soupirer intérieurement.

Que vont-ils bien pouvoir te raconter, te livrer ?

Dès le début, ils s'excusent presque de te déranger alors que tu es à leur service.

D'une voix douce, calme, trompant tout diagnostic, elle s'adresse à toi.

Un petit renseignement pour la rassurer, un conseil pour l'aider.

Le visage ridé, par le temps accumulé, les yeux clairs, un peu rougis par la fatigue ou par les pleurs. Indéterminable au moment précis.

Puis, en deux phrases simples, l'angoisse est condensée en un résumé de texte parfait.

La petite dame élégante "Je n'ai plus de nouvelles de ma fille depuis une semaine, je n'arrive pas à la joindre au téléphone, je viens de chez elle et elle ne répond pas."

Toi - les questions maintes fois posées, routinières, formatées.

La petite dame " Elle a 51 ans, non, oui..peut-être, jamais, oui, non, silence, oui"

Tu notes les renseignements pour pouvoir répondre à toutes les questions de l'opérateur.

Le petit monsieur, à côté de la vieille dame n'est pas son mari mais un ami qui l'accompagne, silencieux et compréhensif, de la détresse sourde de la petite dame qui dit " J'ai 88 ans et je ne sais pas quoi faire, excusez moi de vous déranger".
      
Une excuse de trop et inutile.

Toi - tu prends le téléphone et contactes le central, un bref exposé, clair, net et précis pour ne pas tarder...

Ensuite, devant toi, la petite dame essuie d'un revers discret ses yeux qui te fixent, tu n'as pas le réflexe de te lever pour la prendre dans tes bras et la réchauffer de ton étreinte.

Conseillée et dirigée, elle doit s'en retourner pour attendre devant la porte du domicile de sa fille.

Tu sors quelques minutes plus tard griller une sèche et trois camions de pompiers passent les feux à toute allure, suivie de près d'une voiture bleue blanche rouge, gyrophares cinglant la nuit tombante.

Tu repenses à la petite dame, au petit bonhomme et à ton étreinte manquée.

Et à l' absente, dont tu ne sais pas si elle est revenue ou partie définitivement... 




Les yeux fixés, parlants silencieusement, le partage du doute et de la certitude, ce soir là, une fois, les sirènes tues, la petite dame a dû goûter, encore une fois, à la saveur amère, épouvantable, d'un futur pénible, irréversible, la douleur en fin de vie, à bout de course.


Sa fille n'était plus, a été ce que nous sommes et nous serons ce qu'elle est.

Par marty - Publié dans : Passé simple
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